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12 décembre 2016

Arts martiaux et violence

Je pratique les arts martiaux avec assiduité depuis 1994 et enseigne le Penchak Silat et la Self défense depuis 2008. Combien de fois ai-je entendu des remarques du type “Tu formes des gens à être violents”, “Ces histoires d’ultimate fighting, c’est de la barbarie”, “pour s’entraîner autant que tu le fais, soit tu es taré au point de voir des agresseurs potentiels à tous les coins de rue, soit au contraire tu souhaites taper sur n’importe qui”, et j’en passe…

Inutile de dire que ces remarques viennent de personnes qui n’ont généralement jamais franchi les portes d’un dojo.

Bien que me considérant avant tout adepte du Penchak Silat, je me suis entraîné en MMA et en boxe Thaï dans des clubs en Angleterre, au Canada, en Suisse et en France. J’y ai rencontré à chaque fois des passionnés, prêts à transpirer des litres pour progresser, s’exerçant certes à donner des coups, mais acceptant tout autant d’en recevoir, trouvant leur satisfaction dans l’accomplissement d’un beau combat où chacun donnait le maximum. Lorsque j’ai vu de la violence, c’est bien davantage chez des spectateurs, non pratiquants, bien assis sur leur chaise avec leur canette de bière, qui attendaient avec impatience la blessure, le ko ou le sang.

Pour ce qui est de la self défense et de l’approche réaliste et expéditive du Penchak Silat, celle-ci est juste ancrée dans un principe de réalité. A moins d’être un inconscient, la personne qui vous agresse a forcément un avantage qui peut être physique, psychologique, une détention d’armes, une agression à plusieurs. Pour s’en sortir, il est nécessaire de recourir à des techniques qui comblent ce décalage de départ. C’est impossible de faire autrement, à moins de s’entraîner 8h par jour pendant des années (et encore…) ce qui n’est pas compatible avec nos modes de vie modernes. Se donner les moyens d’intervenir pour se défendre soi-même ou un tiers victime d’une agression, c’est faire preuve de responsabilité, de courage et de dignité. Je considère pour ma part que la violence réside bien davantage dans la passivité des gens qui observent une agression sans agir, ou pire la filment avec leur smartphone.

Toujours sur la self défense, je suis le premier convaincu que nous ne sommes pas en guerre civile et que nous ne nous faisons pas agresser à tous les coins de rue en France. Derrière notre pratique, il y a certes le fait de se donner les moyens d’intervenir en cas de nécessité, mais il y avant tout une démarche de développement personnel à travers une discipline physique et émotionnelle extrêmement complète et exigeante qui mixe, expression corporelle, perfection technique, musculation, souplesse, dépassement de soi, rapport à l’autre, développement émotionnel voire même travail énergétique. Dans la culture asiatique, les arts martiaux sont une science exceptionnelle qui réunit à la fois le combat, la santé et la spiritualité. Je ne connais aucune autre discipline qui réunit un tel spectre de développement.

Quant au risque de donner des cours à un psychopathe qui pourrait ensuite utiliser les techniques à mauvais escient, le débat n’est pas là. Une personne violente le sera avec ou sans pratique martiale. En revanche, les arts martiaux, avec ses rites, ses codes, ses règles (pour la pratique sportive), son apprentissage du dépassement de soi, peut donner un cadre dans lequel la violence naturelle s’exprime. Elle peut l’orienter, la canaliser, voire même la sublimer. N’ayons donc pas peur de nous entraîner ou d’enseigner notre art, car sa pratique est salvatrice a bien des égards.