Close

10 janvier 2018

Les 4 piliers de la préparation au combat

La préparation au combat s’effectue généralement à travers 2 axes principaux : l’apprentissage technique et la préparation physique.

– L’apprentissage technique se réalise souvent sous la forme de répétitions de techniques et d’enchaînements codifiés et standardisés : “face à telle attaque, je réponds avec telle défense”. Cet apprentissage sous forme d’algorithmes à respecter est utile pour préserver une “pureté” des formes et assurer une transmission des techniques traditionnelles dans une logique de transmission d’un patrimoine. Pratiquée de façon exclusive, cette approche n’est en revanche pas adaptée à une pratique qui se veut centrée sur la self défense car elle omet que la seule certitude du combat réel… c’est l’incertitude : Incertitude du moment, du lieu, du nombre d’adversaires, de leurs réactions, de notre propre réaction face au stress. Dans un contexte de rue, celui qui s’en sortira est celui qui saura gérer cette incertitude et non celui qui se sera contenté de répéter des enchaînements standardisés, souvent complexes, dans un environnement sécurisé.

– La préparation physique se concentre quant à elle souvent sur le cardio, la musculation et les assouplissements, mais laisse fréquemment de côté une approche holistique du corps humain

Comment procéder? La réponse se trouve dans un juste équilibre entre quatre piliers complémentaires que je présente ci-après:

Pilier 1 : Créer des automatismes “passe-partout” simples:

Les neurosciences nous enseignent deux éléments phares:
– Si le cerveau doit choisir parmi un panel trop important de techniques, l’agressé a toutes les chances d’être mis en échec car le temps de sélection d’une réponse sera de facto trop long pour bloquer l’attaque.

– Sous stress, les enchaînements compliqués sont infaisables (perte de la motricité fine à partir de 115 battements par minute (bpm), et de la motricité complexe à partir de 145 bpm sachant que nos battements cardiaques pourront passer de 70 à 220 battements par minute en moins de 10 secondes. Sous l’effet de ce même stress, notre capacité à prendre des décisions et notre mémoire sera altérée (source : Neurocombat – livre 1).

Dès lors, la seule façon de s’en sortir techniquement lors de situations critiques est d’emmagasiner… peu de techniques, mais de les posséder parfaitement (le fameux spécial des champions). À l’entraînement, l’enjeu sera donc de répéter quelques techniques et enchaînement simples pour créer des automatismes qui ressortiront spontanément en état de stress. L’objectif est de simplifier les réponses en les réduisant à leur strict nécessaire en termes de forme de corps pour en faire des techniques “passe-partout” rapides et polyvalentes.

Cela ne veut pas dire que des enchaînements plus complexes ne doivent pas être étudiés. Ceux-ci pourront être travaillés pour compléter sa connaissance de l’art martial dans sa globalité et pour étudier des techniques de façon contextuelle afin de s’approprier progressivement une logique de combat (cf. 2ème pilier ci-après). Mais en aucun cas comme une fin de self défense en soi, car ces enchaînements standardisés n’intègrent pas les réactions imprévues de l’agresseur et seraient trop complexes pour être restituées en état de stress.

Pilier 2 : Développer sa capacité d’adaptation permanente :

Nous ne pourrons jamais étudier toutes les situations à l’entraînement et quand bien même nous y parviendrions, le stress du combat nous les ferait oublier le jour où nous en aurions besoin. L’enjeu est donc donc de parvenir à générer soi-même ses propres réponses de manière circonstanciée.

Cela n’est possible que si le système de combat (où la façon de l’apprendre) est suffisamment flexible et génère spontanément des solutions, y compris (et surtout) sur des situations qui n’auront pas été vues à l’entraînement. Pour y parvenir, hormis pour les automatismes “passe-partout”, notre pratique ne doit pas se focaliser sur des enchaînements techniques standardisés, mais sur les principes qui permettent d’y aboutir. Autrement dit la technique doit découler des concepts et non l’inverse. Chacun pourra développer des variations techniques infinies dès lors qu’il comprendra le principe sous-jacent qui y est associé. Mieux vaut se focaliser sur quelques principes logiques qui donnent les moyens d’avoir une réponse intuitive quelle que soit la distance de combat, debout ou au sol, avec ou sans arme, que sur une masse de techniques qui ne marcheront pas face à une attaque aléatoire.

J’aime beaucoup ce conte zen dans lequel un vieux chat ayant attrapé un rat explique à un autre chat pourtant plus jeune et plus habile, qui a échoué à attraper le rat, pourquoi, lui, y est parvenu. Le Vieux Chat dit: “Ton entraînement a été entièrement axé sur la technique. Tu ne penses qu’à une seule chose, attraper le rat. Les vieux maîtres t’ont enseigné des modèles et des mouvements afin de te permettre de développer une bonne technique. Et même la plus simple des techniques repose sur des principes profonds. Tu te concentres trop sur l’aspect externe de la technique. Cela te fait douter de la tradition des vieux maîtres, et t’oblige à rechercher de nouveaux artifices. Cependant, si tu te reposes trop sur la technique, tôt ou tard tu arriveras dans une impasse, parce que les techniques physiques ont une limite. Médite bien là-dessus.”

Pilier 3 : La préparation psychologique :

Certains systèmes de combat russes (Systema de l’école Ryabco), chinois (Da cheng Quan) ou japonais (Taïkiken) ne comportent pratiquement aucune technique de combat en tant que telle et focalisent l’essentiel de leur approche sur la partie interne : la respiration, la gestion de la peur et de la psyché en général, la visualisation, le relâchement, la liberté de mouvement.

Ces styles partent du principe que la technique est secondaire car la seule constante de tout combat est la capacité à gérer son stress et tout ce qui est lié aux perturbations liées à l’augmentation du rythme cardiaque :
– Perturbations motrices à partir de 115 bpm (tension des muscles engendrant une altération partielle ou totale de la motricité fine et complexe),

– Perturbations sensorielles (auditives et visuelles) à partir de 145 bpm,

– Perturbations cognitives (comportements automatiques, distorsions dans la perception de vitesse) à partir de 145 bpm (source : Neurocombat – livre 1).

Ces caractéristiques justifient les 2 approches que nous utilisons dans notre système de combat :
– Une approche structurée principalement sur le socle moteur lourd, en y a ajoutant quelques éléments du système complexe, mais en laissant de côté les techniques nécessitant la motricité fine (tel les clefs articulaires complexes ou les techniques exécutées avec le doigt),

– Un travail de la psyché de façon à limiter les effets du stress et garder une certaine lucidité lors du combat : cela se fait par des exercices de respiration, de visualisation ou de désensibilisation progressive à la violence et à la douleur.

Pilier 4 : Le conditionnement physique:

La condition physique apporte autant de bonnes capacités motrices qu’une sensation de force, d’assurance et de bien être général dont l’utilité dépasse la confrontation physique.

Sur ce point, il est important d’avoir une approche globale et systémique du corps humain.

On se focalise par exemple souvent sur le développement musculaire. celui-ci est certes important. Cependant, ce sont les tendons (bandes de tissus conjonctifs qui tiennent un muscle à un os et transmettent la force musculaire) et les ligaments (tissus conjonctifs qui relient deux os dans une articulation ou maintiennent vos organes internes en place) qui doivent être plus résistants et tenaces que les muscles. La raison est que les muscles se fatiguent rapidement sous stress alors qu’un bon conditionnement des tendons et des ligaments permet de continuer à travailler longtemps après le point de la fatigue musculaire maximale.

Par ailleurs, si les muscles doivent être travaillés, ils méritent également d’être purgés des tensions qui s’y sont accumulées. Ce travail peut être fait par des massages en profondeur ou des exercices lents qui font appel au poids du corps, associés à la respiration.

Cette approche systémique mérite également d’être menée sur les systèmes respiratoire, cardiovasculaire, immunitaire, etc.

J’aimerais conclure cet article en l’ouvrant plus largement sur les bénéfices d’une pratique martiale centrée sur les 4 piliers mentionnés. Le combat n’est d’après moi qu’une partie de ce que doit apporter un art martial. La pratique doit également apporter santé, satisfaction, renforcement de la volonté et bien être dans une logique de croissance personnelle. Les 4 piliers présentés répond à ces exigences pour une utilité qui dépasse de loin le cadre de la confrontation physique.